Un freelance ou un auto-entrepreneur ne bénéficie ni des mêmes filets de sécurité qu’un salarié (indemnisation chômage classique, complémentaire retraite d’entreprise) ni d’un revenu régulier. L’assurance vie répond bien à cette situation pour une raison précise : contrairement au plan d’épargne retraite (PER), elle ne bloque pas l’argent jusqu’à la retraite et n’impose aucune obligation de versement régulier. Vous pouvez verser quand votre activité le permet, suspendre sans pénalité quand elle ralentit, et retirer en cas de besoin, avec une fiscalité qui s’allège avec le temps. Le contrat Madelin, historiquement dédié aux travailleurs non salariés (TNS), n’est plus proposé à la souscription depuis le 1er octobre 2020 (loi PACTE) : les contrats existants peuvent être conservés ou transférés vers un PER individuel.

L’irrégularité du revenu est la contrainte numéro un d’un freelance ou d’un auto-entrepreneur quand il s’agit d’épargner : impossible de s’engager sur un montant fixe chaque mois avec la même certitude qu’un salarié. C’est précisément sur ce point que l’assurance vie a un avantage structurel sur d’autres enveloppes d’épargne retraite.

Pourquoi la disponibilité de l’épargne compte plus pour un indépendant

Un salarié en difficulté financière temporaire peut compter sur l’assurance chômage. Un travailleur non salarié n’a pas cette protection dans les mêmes conditions : la couverture chômage des indépendants, quand elle existe, reste plus restrictive et moins généreuse que le régime général des salariés. Dans ce contexte, disposer d’une épargne accessible à tout moment, sans démarche complexe ni blocage réglementaire, constitue un filet de sécurité que le contrat d’assurance vie peut offrir, à la différence d’un produit dont les fonds seraient bloqués jusqu’à la retraite.

Assurance vie ou PER pour un indépendant : deux logiques opposées

Le plan d’épargne retraite individuel (PER) et l’assurance vie répondent à des besoins différents, et la confusion entre les deux coûte cher à beaucoup d’indépendants.

CritèreAssurance viePER individuel
Disponibilité des fondsÀ tout moment, par rachat partiel ou totalBloqués jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé (dont l’un est la cessation d’activité non salariée)
Avantage fiscal à l’entréeAucunDéduction des versements du revenu imposable, dans une limite propre aux TNS
Fiscalité à la sortieAbattement après 8 ans, fiscalité allégée sur les gainsImposition du capital ou de la rente selon le mode de sortie choisi
Obligation de versementAucuneAucune sur les versements volontaires
Comparatif structurel établi à partir du Code des assurances et du Code monétaire et financier (cadre du PER, loi PACTE). Les plafonds de déduction applicables aux TNS dépendent du revenu professionnel et doivent être calculés avec un expert-comptable ou un conseiller, ils ne sont pas repris ici pour éviter tout chiffre non vérifié à la date de votre situation.

La règle que je donne systématiquement aux indépendants qui me consultent : ne bloquez pas d’argent sur un PER avant d’avoir constitué plusieurs mois de charges fixes en épargne disponible, par exemple sur une assurance vie en fonds euros. Le PER a un vrai intérêt fiscal, mais un indépendant qui traverse un creux d’activité et qui a tout misé sur un support bloqué se retrouve sans marge de manœuvre au moment où il en a le plus besoin. L’ordre des priorités compte autant que le choix des enveloppes elles-mêmes.

Le cas du contrat Madelin : ce qui a changé depuis la loi PACTE

Avant 2019, les travailleurs non salariés disposaient d’un produit dédié, le contrat retraite Madelin, qui ouvrait droit à une déduction fiscale des cotisations en échange d’un blocage des fonds jusqu’à la retraite et d’une sortie presque exclusivement en rente viagère. Depuis la loi PACTE, ce contrat n’est plus proposé à la souscription depuis le 1er octobre 2020, remplacé par le PER individuel, plus souple (sortie en capital possible, pas seulement en rente). Si vous détenez encore un contrat Madelin ouvert avant cette date, vous pouvez continuer à y verser jusqu’à votre retraite, ou demander son transfert vers un PER individuel, une opération qui peut être soumise à des frais limités à 1 % de l’encours pour les contrats de moins de dix ans, gratuite au-delà.

Ce que l’assurance vie ne remplace pas

Il ne faut pas confondre l’assurance vie, un produit d’épargne, avec les contrats de prévoyance qui protègent un indépendant en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de baisse de revenus liée à la santé. La loi Madelin de 1994 continue, en 2026, d’encadrer la déduction fiscale des cotisations versées par un travailleur non salarié sur des contrats de complémentaire santé, de prévoyance (invalidité, décès) et de perte d’emploi subie : ce volet de la loi Madelin reste pleinement en vigueur et n’a pas disparu avec la loi PACTE, contrairement au seul contrat de retraite Madelin, remplacé par le PER. Le plafond de déduction applicable à la prévoyance et à la santé est distinct de celui du PER et se cumule avec lui, ce qui permet à un indépendant de déduire ses cotisations sur les deux volets séparément.

Concrètement, une assurance vie ne verse rien en cas d’arrêt de travail ou d’invalidité : elle reste une épargne que vous pouvez mobiliser vous-même en cas de besoin, mais elle ne se substitue pas à un contrat de prévoyance dédié, qui verse des indemnités automatiques selon des garanties définies à l’avance.

Comment adapter ses versements à un revenu qui varie

L’assurance vie s’adapte naturellement à un revenu irrégulier grâce à deux mécanismes déjà présents sur la plupart des contrats :

  • Les versements libres, sans montant ni fréquence imposés, permettent de verser davantage lors d’un mois ou d’un trimestre favorable, sans engagement pour la suite.
  • Les versements programmés modulables, quand ils existent sur le contrat, peuvent être ajustés à la baisse ou suspendus temporairement depuis l’espace client, sans pénalité sur la plupart des contrats récents. Voir notre article sur les versements et plafonds en assurance vie.

Une pratique fréquente chez les indépendants consiste à provisionner une part de chaque facture encaissée directement vers l’assurance vie, plutôt que d’attendre une date fixe dans le mois : cette logique de versement au rythme de l’encaissement, plutôt qu’au rythme du calendrier, correspond mieux à une activité dont les rentrées d’argent ne sont jamais identiques d’un mois à l’autre.

Je suis passée en auto-entrepreneuse en 2020, avec des revenus qui pouvaient varier du simple au triple d’un mois à l’autre selon les missions. J’ai ouvert une assurance vie principalement en fonds euros la même année, sans versement programmé fixe : je verse un pourcentage de chaque facture importante encaissée, directement depuis mon compte professionnel. Certains mois, je ne verse rien du tout, et je n’ai jamais eu à me justifier auprès de personne pour cela. C’est cette absence de contrainte qui m’a fait préférer ce placement à un PER, que j’ai fini par ouvrir seulement plus tard, une fois mon activité stabilisée.

Foire aux questions

Un auto-entrepreneur peut-il déduire ses versements d’assurance vie de son revenu imposable ?

Non, l’assurance vie n’ouvre droit à aucune déduction fiscale à l’entrée, à la différence du PER individuel pour un TNS, dans la limite du plafond de déduction propre à son statut.

Faut-il choisir entre assurance vie et PER, ou peut-on avoir les deux ?

Les deux enveloppes sont complémentaires, pas exclusives : beaucoup d’indépendants combinent une assurance vie disponible pour l’épargne de précaution et les projets à moyen terme, et un PER pour l’avantage fiscal sur une part de l’épargne dédiée spécifiquement à la retraite.

Une baisse d’activité oblige-t-elle à suspendre son contrat d’assurance vie ?

Non, il n’existe aucune obligation de versement sur un contrat d’assurance vie classique : le contrat continue d’exister et de produire ses effets même sans nouveau versement.

Le statut d’auto-entrepreneur limite-t-il l’accès à certains contrats d’assurance vie ?

Non, le statut professionnel n’est pas un critère d’accès à un contrat d’assurance vie ; les conditions d’ouverture (pièce d’identité, justificatif de domicile, origine des fonds pour un versement important) sont les mêmes que pour tout autre souscripteur.

Cet article a un objectif d’information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les règles fiscales applicables aux travailleurs non salariés (plafonds de déduction PER, conditions de transfert Madelin) dépendent de votre situation professionnelle précise et doivent être vérifiées avec un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine. Avant toute décision, rapprochez-vous d’un professionnel qualifié. Banque-avenue.fr n’est ni conseiller en investissement financier (CIF), ni expert-comptable, ni courtier au sens réglementaire : le site informe, il ne conseille pas.

Auteur : Karim Ferrand, ancien conseiller en gestion de patrimoine en banque privée pendant 11 ans, aujourd’hui consultant indépendant spécialisé en épargne longue, retraite et transmission. Article publié le 12 septembre 2026.

Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle et vérifié selon notre méthodologie éditoriale.