Vous avez un contrat d’assurance vie ouvert il y a dix ou vingt ans, avec un rendement qui vous déçoit, mais vous hésitez à le quitter de peur de perdre vos avantages fiscaux. La loi PACTE a créé une solution, à condition de bien comprendre ce qu’elle permet réellement, et ce qu’elle ne permet pas.

Depuis la loi PACTE du 22 mai 2019 (loi n° 2019-486), un assuré peut demander à son assureur de transformer son contrat d’assurance vie en un autre contrat, plus récent ou mieux disant, sans perdre l’antériorité fiscale acquise. La condition centrale, souvent ignorée : cette transformation ne fonctionne qu’à l’intérieur de la même compagnie d’assurance. Changer d’assureur reste, à ce jour, impossible sans clôturer le contrat et donc sans perdre son ancienneté fiscale.

Ce mécanisme prolonge un principe plus ancien, l’amendement Fourgous de 2005, qui autorisait déjà la conversion d’un contrat monosupport en contrat multisupport chez le même assureur en conservant l’antériorité.

Ce que change concrètement la loi PACTE pour votre contrat

L’antériorité fiscale, c’est la date d’ouverture de votre contrat d’assurance vie : elle détermine le régime d’imposition applicable lors d’un rachat (retrait). Après 8 ans, vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les gains retirés (4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune) puis d’un taux réduit d’impôt sur le reste. Clôturer un contrat de 15 ans pour en ouvrir un nouveau vous ferait reperdre ce compteur à zéro.

L’article 72 de la loi PACTE permet d’éviter cette perte dans un cas précis : lorsque vous restez chez le même assureur mais changez de contrat, par exemple pour accéder à une gamme de supports plus large, à des frais de gestion plus bas, ou à une gestion pilotée que votre ancien contrat ne proposait pas. Juridiquement, il s’agit d’une transformation, pas d’une clôture suivie d’une souscription : l’ancienneté fiscale du contrat d’origine est reportée intégralement sur le nouveau.

Dans mon expérience de conseiller, la confusion la plus fréquente porte sur le mot « transférer ». Beaucoup de clients pensent pouvoir déplacer leur épargne d’une banque vers un assureur en ligne moins cher tout en gardant leurs huit ans d’ancienneté : ce n’est pas ce que prévoit la loi PACTE. La bascule ne fonctionne qu’en interne, chez le même assureur. Avant de demander une transformation, vérifiez sur votre relevé annuel le nom exact de la compagnie d’assurance qui porte le contrat : ce n’est pas toujours celui de la banque ou du courtier qui l’a distribué, ce qui change tout dans les options disponibles.

Transformation interne ou changement d’assureur : ce que dit vraiment la règle

Le tableau ci-dessous synthétise les deux situations que les épargnants confondent le plus souvent.

SituationAntériorité fiscaleFrais habituels
Transformation chez le même assureur (loi PACTE / amendement Fourgous)Conservée intégralementSouvent nuls à faibles, selon l’assureur
Changement vers un autre assureur, avec rachat total puis réinvestissementRemise à zéroFrais de gestion du nouveau contrat dès le premier euro versé
Rachat partiel avant 8 ans, sur le contrat d’origineNon affectée si le contrat n’est pas clôturéImposition au barème ou au PFU de 12,8 % sur la part de gains retirée
Source : article 72 de la loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 (loi PACTE), Légifrance ; règles de fiscalité de l’assurance vie, Code général des impôts. Synthèse à la date de publication, à vérifier auprès de votre assureur avant toute démarche.

Comment demander la transformation de votre contrat

La démarche reste entre les mains de votre assureur : la loi lui donne la possibilité de proposer ce type de transformation, elle ne l’y oblige pas systématiquement pour chaque référence de contrat. En pratique, la demande suit trois étapes.

  • Identifier, sur votre relevé de situation annuel, l’assureur exact (et non le distributeur) qui porte votre contrat actuel.
  • Demander à cet assureur s’il propose une transformation vers un contrat plus récent de sa gamme, avec le détail des nouveaux frais d’entrée, de gestion et d’arbitrage.
  • Comparer par écrit l’ancien et le nouveau contrat avant de signer un avenant de transformation, en conservant une trace de l’antériorité reconnue par l’assureur.

J’ai ouvert mon premier contrat d’assurance vie en 2021, en parallèle du lancement de mon activité de graphiste indépendante, pour me constituer une épargne de précaution. En 2025, j’ai voulu comparer les frais de gestion de mon contrat avec ceux disponibles sur le marché : la différence dépassait 1 point par an sur les unités de compte. Comme mon contrat était encore trop récent pour que l’antériorité pèse lourd dans la décision, j’ai choisi d’ouvrir un second contrat chez un assureur en ligne plutôt que de tenter une transformation. Passé huit ans d’ancienneté, je referai le calcul différemment.

Pourquoi ce choix pèse plus lourd après 8 ans de contrat

La conservation de l’antériorité fiscale n’a de valeur réelle qu’à partir du moment où votre contrat approche ou dépasse le cap des 8 ans, celui qui ouvre droit à l’abattement annuel. Sur un contrat de 2 ou 3 ans, la perte d’ancienneté en cas de rachat total a un impact fiscal limité, car vous n’êtes de toute façon pas encore dans le régime le plus avantageux. Sur un contrat de 12 ou 15 ans, en revanche, repartir de zéro peut coûter plusieurs points de fiscalité sur chaque retrait futur pendant encore 8 ans.

C’est pourquoi la question de la transformation loi PACTE se pose presque exclusivement pour des contrats anciens et jugés peu compétitifs (frais élevés, fonds en euros peu performant, absence de gestion pilotée), et non pour des contrats récents où ouvrir une seconde ligne ailleurs reste souvent plus simple.

Que faire si votre assureur ne propose aucune transformation

Certains assureurs, notamment sur d’anciens contrats de niche ou des gammes retirées de la vente, ne proposent aucune option de transformation interne. Dans ce cas, deux solutions restent ouvertes, avec des conséquences différentes.

  • Conserver le contrat d’origine et ouvrir un second contrat ailleurs, moins cher ou plus performant, pour y diriger vos futurs versements. L’ancien contrat continue à courir avec son antériorité, sans y ajouter d’argent frais si ses frais sont trop élevés.
  • Racheter totalement le contrat d’origine pour réinvestir la somme ailleurs, en acceptant la remise à zéro de l’antériorité fiscale et l’imposition immédiate des gains constatés au moment du rachat.

Le choix dépend largement de l’écart de performance entre l’ancien et le nouveau contrat, et du nombre d’années qu’il vous reste avant de vouloir effectuer des retraits significatifs. Un simple comparatif de frais ne suffit pas : il faut mettre en regard le gain de performance attendu sur plusieurs années et le coût fiscal immédiat d’un rachat total.

Questions fréquentes

La loi PACTE permet-elle de changer d’assureur sans perdre l’antériorité ?

Non. Elle permet uniquement de transformer un contrat en un autre contrat proposé par le même assureur. Un changement d’assureur implique un rachat, avec perte de l’antériorité fiscale sur le nouveau contrat ouvert ailleurs.

Tous les assureurs proposent-ils cette transformation ?

Non, la loi leur en donne la possibilité, pas l’obligation systématique sur chaque contrat. Contactez votre assureur pour connaître les options réellement disponibles sur votre référence de contrat.

La transformation entraîne-t-elle des frais ?

Cela dépend de l’assureur et du contrat visé : certains l’appliquent sans frais spécifiques, d’autres facturent des frais liés au nouveau contrat. Demandez le détail écrit avant de signer.

Que devient l’antériorité si je fais un rachat partiel avant de transformer mon contrat ?

Un rachat partiel n’annule pas l’antériorité tant que le contrat reste ouvert. Seule la clôture totale suivie d’une nouvelle souscription remet le compteur fiscal à zéro.

Faut-il transformer un contrat de moins de 8 ans ?

Cela dépend surtout de l’écart de frais avec une alternative, plus que de l’antériorité : avant 8 ans, l’abattement annuel ne s’applique pas encore, donc l’enjeu fiscal de la transformation est plus faible. Comparez d’abord les frais de gestion sur la durée restante avant le cap des 8 ans.

Cet article a un objectif d’information générale et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les taux, montants et conditions cités sont donnés à titre indicatif à la date de publication et peuvent varier selon votre profil, l’établissement et l’évolution du marché. Avant toute décision, rapprochez-vous d’un conseiller bancaire ou d’un courtier qualifié.

Auteur : Thomas Lefèvre, ancien conseiller bancaire, aujourd’hui rédacteur spécialisé crédit, épargne et assurance vie pour banque-avenue.fr. Il vérifie chaque donnée chiffrée avant publication et actualise ses fiches à chaque évolution réglementaire. Article mis à jour le 4 août 2026.

Cet article a été rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle et vérifié selon notre méthodologie éditoriale, conformément à l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act).